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Hommage à Aldo Haesler

  • Dernière modification de la publication :24 mars 2025
  • Post category: Hommage

Professeur de sociologie à l’université de Caen depuis 2000, professeur émérite depuis septembre 2024, Aldo Haesler, grande figure de l’université, nous a quittés le 14 mars 2025.

Ses collègues de l’unité de recherche Identité et subjectivité lui rendent hommage :

« L’argent nous esseule »

Aldo Haesler a rejoint l’université de Caen Normandie comme professeur de sociologie en 2000 et il a rejoint l’équipe de recherche de Philosophie Identité et Subjectivité il y a une quinzaine d’années. Il avait pris sa retraite il y a peu mais demeurait très présent dans les séminaires de l’université de Caen en tant que professeur émérite. Enseignant infatigable et passionné il a su transmettre à ses étudiants de la licence 1 au doctorat   le goût de la question sociale. A la fois sociologue, philosophe et économiste dans la grande tradition germanique, il a naturellement été associé à l’équipe de recherche en philosophie avec laquelle il a pu organiser de nombreux colloques et journées d’études, comme par exemple le colloque sur le philosophe Max Scheler en 2012. Spécialiste de Simmel, il travaillait aussi sur Tönnies, Gehlen et Plessner. D’une immense culture philosophique et sociologique, ses recherches (une dizaine d’ouvrages) se sont concentrées sur la théorie du changement social, la sociologie relationnelle, la philosophie sociale allemande et la sociologie de l’argent. Après une thèse consacrée à la transformation des formes de l’échange comme facteur essentiel du changement social dans les sociétés humaines, il s’est consacré au phénomène de la dématérialisation de l’argent et à ses conséquences sociales et culturelles. Il s’intéresse aussi à la transformation des formes de pensée et de saisie du réel par le processus de monétarisation qui, avec la disparition progressive du substrat matériel de l’argent, prend un tour à la fois plus cognitif et plus déterminant dans la synthèse des sociétés modernes après ce qu’il considère comme un seuil historique majeur que sont les années 1971-1973. Dans son dernier ouvrage Hard Modernity (2018, Paris, Matériologiques, 596 p.), qu’il considérait comme sa grande œuvre, il propose de considérer ce seuil comme la véritable Grande Transformation (Polanyi) entre une modernité « douce » – qui n’est qu’une phase transitoire entre tradition et modernité et qu’il appréhende avec le terme de « protomodernité » – et une modernité « hard » où le capitalisme verse dans une phase irréversible où l’argent devient le médium généralisé de communication.

Il a dirigé une vingtaine de doctorants et a participé à un très grand nombre de soutenances de mémoires de master en philosophie et en sociologie. Il laisse à ses collègues le souvenir d’une personne très attachante, d’une courtoisie sans faille, et d’une curiosité sans limite. Il savait raconter comme nul autre la vie intellectuelle suisse et allemande du vingtième siècle et notamment son enfance non loin de la clinique de Binswanger.

Emmanuel HOUSSET

Il est des personnes qui marquent une vie professionnelle bien au-delà des projets partagés ou des années passées ensemble.
Aldo fait partie de ces personnes rares. Pendant presque dix ans, j’ai eu la chance de travailler à ses côtés. Dix années où j’ai pu observer, jour après jour, son engagement, sa bienveillance et cette gentillesse naturelle qui le caractérisaient tant. Toujours respectueux, toujours à l’écoute, toujours prêt à soutenir, à conseiller sans jamais imposer. Son sens du respect et de la transmission, sa patience, sa manière de faire grandir chacun avec délicatesse et confiance resteront pour moi un exemple. Il savait voir le meilleur chez les autres et nous poussait, discrètement mais sûrement, à le révéler. Au-delà du collègue, c’est l’homme que je veux saluer aujourd’hui. Quelqu’un qui portait des valeurs simples et profondes, et qui les incarnait au quotidien, dans chaque geste, dans chaque parole.Aldo, merci pour ces années, pour ton sourire constant, pour ta générosité, pour la sérénité que tu apportais autour de toi. Ton souvenir continuera d’inspirer ceux qui t’ont connu, et j’aurai toujours la fierté de dire que j’ai eu la chance de croiser ton chemin.

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